MARDI SAINT
Lectures : Is 49, 1-6 ; Jn 13, 21-33.36-38
Vivre la Semaine Sainte dans l’intimité avec Jésus
MÉDITATION DU MARDI 31 MARS 2026
Dans l’Évangile de ce Mardi Saint, Saint Jean ne dit pas que Judas Iscariote s’en alla. Il dit qu’il sortit. Et il ajoute, comme une sentence fatale d’un choix irréversible : ‘’il faisait nuit’’. Notons ici que ce n’est pas simplement une indication météorologique. C’est un portrait intérieur. La nuit n’attendait pas Judas dehors. Elle était déjà en lui, depuis le moment où il avait choisi de fermer sa main sur ce qui ne lui appartenait pas.
Il y a quelque chose de saisissant dans cette scène du Cénacle. Jésus venait de tendre à Judas Iscariote une bouchée trempée. C’est un geste d’amitié ultime dans la culture de l’époque. Offrir la bouchée à quelqu’un, c’était lui dire : tu comptes pour moi. Judas la prit. Et sortit. Comme si la lumière le brûlait plutôt que de le réchauffer. Comme si la proximité de l’amour était devenue insupportable à celui qui avait déjà fait son choix dans l’ombre.
C’est là que la Semaine Sainte nous rejoint dans nos silences les plus intimes. Non pas pour nous accabler, mais pour nous montrer que fuir la lumière ne nous rend pas libres. Cela nous laisse simplement seuls dans le noir, les mains serrées sur ce que l’on a pris, sans savoir quoi en faire.
Le prophète Isaïe, lui, chantait d’un serviteur formé dès le sein maternel, appelé par son nom avant même de naître, fait lumière pour les nations. Deux ‘’mystères’’ se croisent en ce Mardi Saint : celui qui se laisse appeler, et celui qui préfère l’ombre à l’appel.
La Semaine Sainte, en réalité, commence ici, dans cette tension entre la lumière offerte et la nuit choisie. Et Jésus, lui, reste à table, attendant encore ceux et celles qui n’ont pas encore trouvé le chemin du retour.
Seigneur, garde-moi de fuir ta lumière quand elle me dérange. Apprends-moi à rester à ta table, même quand je me sens indigne d’y être. Amen.
Père Didier Sallé