30e dimanche du Temps ordinaire
Lectures : Ex 22, 20-26 ; Ps 17 (18) ; 1 Th 1, 5c-10 ; Mt 22, 34-40
Vivre la foi dans l’intimité avec Jésus
Méditation du dimanche 25 octobre 2026
Bien-aimés du Christ,
Le livre de l’Exode pose un interdit divin : « Tu n’exploiteras pas l’immigré… » Exploiter, c’est regarder une personne et finir par ne plus voir qu’une utilité : une main qui travaille, quelqu’un qui accepte davantage parce qu’il a moins de choix ; parce qu’il vit dans la précarité, la vulnérabilité. L’exploitation s’infiltre discrètement dans notre manière de consommer le service des autres. Elle est présente lorsque nous ne voyons chez un collaborateur, une aide de maison ou même un proche, que ce qu’ils nous rapportent ou ce qu’ils facilitent. Dieu interdit cela à son peuple. Il en donne la raison : « car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte. » En effet, avant d’avoir du pouvoir, le peuple choisi a connu la vulnérabilité.
Ce souvenir est essentiel, car nous aussi, nous avons nos exils : un moment nous avons eu besoin d’un emploi, d’une aide, d’une recommandation, d’un accueil, d’une personne qui pouvait nous ouvrir ou nous fermer une porte. Personne ne traverse toute son existence en position de force. Voilà pourquoi Jésus dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Aimer comme soi-même, c’est refuser de transformer en avantage, chez l’autre, ce que nous aurions vécu chez nous comme une humiliation. Aimer comme soi-même, c’est accepter de regarder la vulnérabilité d’autrui comme le miroir de notre condition.
Dieu nous demande d’aller jusqu’à respecter et protéger le manteau du pauvre. Son manteau doit lui être rendu avant la nuit, car la dette du pauvre ne lui retire pas le droit de dormir à l’abri. Pour Dieu, aucune nécessité ne justifie qu’on piétine une vie.
À chaque messe, Jésus qui se donne dans l’Eucharistie nous rappelle que Dieu ne se sert jamais de l’homme. Il se livre entre nos mains. Il nous apprend à regarder l’autre non comme un moyen, mais comme celui pour qui, lui, Jésus, a donné sa vie.
Seigneur, quand quelqu’un dépend de ma parole, de ma décision ou de mon pouvoir, garde-moi de le réduire à sa fragilité. Ne permets jamais que j’exploite la détresse d’autrui, mais que je protège sa dignité. Apprends-moi à reconnaître, dans chaque visage vulnérable, ma propre précarité. Amen !
Père Didier Sallé